La Revue  No 1 
Exposition Gustave Moreau
    Enfin ai-je pu voir un tableau de Moreau.
De multiples reproductions étaient bien venues fleurir mes lectures, mais elles restaient des reflets brillants de faisceaux dont on ne pouvait dire s'ils venaient de l'eau ou de l'être mirré.
    J'ai donc pu avoir une première réponse à cette question aujourd'hui. Et bizarrement, je dirais que les tableaux de Gustave Moreau brillent bel et bien de leur propre éclat, mais ne peuvent mieux briller que dans un livre. Ces tableaux me semblent éminemment littéraires.

    Commençons par les premières oeuvres exposées.
Là, la technique est classique. D'une masse sombre émergent doucement quelques chairs pâles. Ces duvets semblent pris dans un cristal de touches plus violentes, jetant quelques feux vifs mais petits.
    Ensuite apparaît la technique qui m'a le plus
frappé : il semble peindre avec de la cire ou de la colle. Ses touches de couleurs se traînent, s'étirent gluantes et élastiques. Tout devient pris dans la glace des couleurs acérées.
    Puis, une fine trame blanche ou noire se dépose délicatement sur la toile, la brisant en une inifinité de morceaux tel un vitrail. Un subtil jeu s'installe alors entre douceur, glacis et délicatesse.

    Si les oeuvres de Gustave Moreau vous éblouissent d'abord, elles se perdent ensuite, noyées faute de structure exterieure qui les soutienne. Seuls deux supports parviennent à conserver la vie à ses
tableaux : une tapisserie des Gobelins et la page d'un livre.

Cédric Gérot
le mercredi 30 décembre 1998
 
 

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