Pour un oui ou pour un non
L'adolescence est merveilleuse quand elle se fait le cadre d'une ouverture aux émotions.
Emotions amoureuses engluées dans cette pesante fébrilité de l'inconnu, dans les hontes et les pudeurs artificielles, dans les déceptions et les bonheurs inattendus.
Emotions philosophiques, qui naissent d'une remise en question systématique. Ogres, nous faisons nôtre tout ce qui nous entoure. Prostrés, nous nous plongeons dans de vaines et ridicules angoisses existentielles.
Emotions sensuelles enfin, qu'aucune oeuvre mieux que La Recherche du Temps Perdu de Proust n'a pu rendre.Mais si l'adolescence est merveilleuse un temps, elle devient ridicule quand elle se prolonge. Vient alors le temps du social et de l'Histoire. Il s'agit de se créer une place, un rôle dans la société d'aujourd'hui. Mais aussi dans l'Histoire d'une famille, d'un pays, de quelque héritage que ce soit.
Il s'agit alors de se responsabiliser. Et cette responsabilisation sera d'autant plus riche qu'elle sortira de la terre amendée par une capacité d'émotion attentivement cultivée. Mais ce sera au prix d'une lutte de tous les instants. D'une lutte qui frise parfois la schizophrénie.C'est de cette lutte et de cette schizophrénie que j'aimerais parler. Mais je tomberais dans une analyse pseudo-psychologique insupportable. Je préfère m'en tenir aux observations et contemplations.
Je laisse alors la parole à une femme qui a su en une cinquantaine de petites pages l'évoquer mieux que quiconque. Etes-vous prêt à souffrir, à vous tenir béat les yeux écarquillés et le coeur battant? Alors lisez Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute!
Cédric Gérotle dimanche 21 février 1999Première Page Sommaire Editorial Peinture Intermède Poésie